C'est
en véritable projet que doit
être abordé le déménagement
informatique. Son succès
réside essentiellement dans
sa phase de préparation.
Ce
n'est généralement
qu'à partir du moment où
elles y sont confrontées
que les entreprises se soucient
des problèmes liés
au déménagement de
leur informatique. Et parfois même
un peu trop tard... « Nous
avons déjà refusé
de signer des contrats avec des
entreprises qui venaient nous solliciter
quinze jours seulement avant leur
déménagement »,
raconte Karim Sani, président-directeur
général d'Ingenova,
une société de services
spécialisée dans les
déménagements informatiques.
Car ceux-ci peuvent nécessiter,
selon leur ampleur et les contraintes
de disponibilité du système
d'information, jusqu'à douze
mois de préparation ! Ce
sont de véritables projets
à ne pas prendre à
la légère. Trois mois
de travail ont ainsi été
nécessaires à Maporama,
fournisseur de cartes et d'itinéraires
en ligne, pour organiser le transfert
de sa salle blanche et de ses deux
cents serveurs Windows. «
La grande différence par
rapport à un projet classique,
c'est qu'une fois déclenché,
le déménagement devient
très difficile à contrôler
», souligne Eudes du Rivau,
responsable de la production de
Maporama. A partir du moment où
les machines sont arrêtées,
il n'est généralement
plus question de faire marche arrière.
Une
opération à risque
pour le DSI
Les
compétences requises pour
réaliser un déménagement
informatique dépassent le
seul cadre technique. « Dans
ce genre d'opération, les
informaticiens sont généralement
mal à l'aise, affirme Stéphane
Dumont, responsable architecture,
projets et ingénierie d'ABN
Amro. Ils pensent à la technique
sans forcément voir le côté
pratique. Or, il ne faut négliger
aucun détail. » La
banque, régulièrement
confrontée à des transferts
de salles de marché, va jusqu'à
photographier le bureau de certains
de ses plus gros traders afin de
leur restituer à l'identique
leur environnement de travail. «
Lors de nos déménagements,
nous avons préféré
recourir à une société
spécialisée dans le
domaine, confie Frédéric
Gillet, responsable des achats dans
la société de services
CSC. C'est le même principe
que de prendre une assurance. »
Mais les déménageurs
high-tech ne sont pas légion
sur le marché. « Il
y a deux ans, nous n'en avons trouvé
que trois ou quatre réellement
capables de prendre en charge des
projets importants », raconte
Frédéric Gillet. «
Beaucoup de SSII s'imaginent encore
que le déménagement
est une opération facile
à réaliser, déplore
Karim Sani. J'ai vu des directeurs
informatiques se faire limoger parce
que le leur s'était mal passé.
» La prudence est donc de
mise. C'est entre autres pourquoi
des constructeurs tels qu'IBM et
HP proposent à leurs clients
de prendre en charge le déplacement
de leur matériel. «
Nous traitons près de six
cents dossiers de ce type chaque
année », confie Jean-Michel
Ponceau, responsable des offres
d'infrastructure chez IBM Global
Services. Mais, bien sûr,
ce genre de prestation se paye...
cher ! « L'équivalent
de deux ans d'immobilisation de
la salle de serveurs » , estime
Eudes du Rivau. « Le seul
transfert d'un serveur (sans compter
la phase de préparation)
nous coûte de 1 000 à
1 400 euros », évalue,
quant à lui, Frédéric
Gillet. Autant dire qu'il vaut mieux
avoir une bonne raison de déménager.